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Entre le Japon et la France : Akihiro Hata raconte son parcours de cinéaste à Paris

Chie Uematsu

Le 12 juin 2026

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Akihiro Hata, un réalisateur japonais qui a trouvé sa place dans le cinéma français


Réalisateur japonais ayant construit sa carrière pas à pas au sein du paysage cinématographique français, Akihiro Hata réalise avec Grand Ciel son premier long métrage. Présenté en première mondiale à la Mostra de Venise, le film y reçoit un accueil très favorable de la presse spécialisée avant de sortir en salles françaises le 21 janvier 2026.
Le film a été produit avec un budget de 4 millions d’euros, un montant exceptionnel pour une première réalisation. Cette œuvre a pu voir le jour grâce à un système français de soutien au cinéma particulièrement développé, mais aussi grâce à plus de vingt années d’efforts et d’ancrage professionnel à Paris.

Une attirance précoce pour les langues et les cultures


Le choix de la France s’est imposé à Akihiro Hata assez instinctivement.
« Si je voulais étudier le cinéma, deux options s’offraient à moi : les États-Unis ou l’Europe. J’ai choisi l’Europe parce que la diversité des peuples, des langues et des cultures me semblait passionnante. »
Son séjour en Belgique avec sa famille à l’âge de neuf ans a également contribué à nourrir sa proximité avec l’Europe.
Après quelques mois seulement passés dans une université japonaise, il part étudier à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, puis intègre La Fémis, où il se forme au cinéma avant de s’engager pleinement dans cette voie.
Les débuts sont cependant difficiles. Pour financer ses projets, il multiplie les emplois : réalisation de sous-titres, tournage de vidéos de mariage, travail dans une cave à vins… Tout en exerçant ces activités, il continue à réaliser des courts métrages.


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La France, le seul pays où un budget d’environ 4 millions d’euros a pu être réuni


Il y a une quinzaine d’années, Akihiro Hata a fondé sa société de production avec un producteur français qui était son camarade de promotion à l’école de cinéma.

« Nous pouvons réfléchir ensemble à la manière d’utiliser l’argent. Parfois, je peux même renoncer à mon propre salaire pour réaffecter cette somme au budget du film. »

Cette relation fondée sur la confiance et la transparence a soutenu son travail de création au fil des années.
Si son premier long métrage a pu bénéficier d’un budget exceptionnel de 4 millions d’euros, c’est en grande partie grâce au système français de soutien au cinéma. Les films sont financés par une diversité d’acteurs : les aides du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), les chaînes de télévision, les collectivités territoriales, les distributeurs ainsi que des investisseurs privés.
L’une des particularités du modèle français est qu’une partie des recettes générées par les billets de cinéma est réinvestie dans la création cinématographique. Ainsi, même lorsqu’un blockbuster hollywoodien rencontre un grand succès en France, une partie des revenus contribue indirectement au financement des films français et à l’émergence de nouveaux talents.

« Les professionnels du cinéma au Japon me demandent souvent comment j’ai réussi à réunir un tel budget », confie le réalisateur.
L’épaisseur de la culture cinématographique française joue également un rôle essentiel. Situé au cœur du quartier des Halles à Paris, l’UGC Ciné Cité Les Halles est un cinema de 27 salles considéré comme l’un des plus fréquentés au monde.
C’est grâce à cet écosystème unique, où se conjuguent soutien institutionnel et passion du public, que la France reste l’un des grands pays du cinéma.

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Comprendre une culture dans toute sa complexité


Pour un réalisateur japonais, tourner des films en France implique bien davantage que la maîtrise de la langue. Il faut acquérir ce que l’on pourrait appeler une véritable « résolution culturelle » : une compréhension des habitudes, des sensibilités et du vécu quotidien de ceux que l’on filme.

Grand Ciel raconte le destin de travailleurs immigrés employés sur le chantier d’une opération de réaménagement urbain. Depuis ses débuts, Akihiro Hata s’intéresse à celles et ceux que la société rend souvent invisibles, mettant en lumière les réalités difficiles et les contradictions parfois cruelles auxquelles ils sont confrontés.
Pour préparer son film, le réalisateur a passé de longues heures sur les chantiers, multipliant les rencontres et les échanges avec les ouvriers.
« Je fais toujours l’effort de comprendre les personnes que je filme. Sans cela, il y a forcément un décalage. »
Lors des projections destinées aux travailleurs du bâtiment, les réactions ont été particulièrement marquantes.
« C’est exactement comme ça », ont témoigné plusieurs d’entre eux.

Le film comporte pourtant une dimension fantastique : les bâtiments semblent respirer comme d’immenses organismes vivants. Mais même cet aspect a trouvé un écho inattendu auprès des ouvriers.
« Ce n’est pas de la fantaisie. Sur un chantier, on ressent parfois réellement quelque chose de cet ordre-là », lui ont-ils confié.

Pour Akihiro Hata, la plus grande récompense reste de montrer son film aux personnes qu’il représente et de les entendre dire : « C’est notre histoire. »
Il avoue d’ailleurs que ce sont toujours ces projections-là qui le rendent le plus nerveux.

Un pont entre le Japon et la France

Aujourd’hui encore, Akihiro Hata poursuit son activité à travers sa société de production, qui accompagne notamment les équipes japonaises souhaitant tourner en France.
Parmi ses projets récents figure le film Grand Maison Paris, avec Takuya Kimura dans le rôle principal. Son équipe y a assuré l’ensemble de la coordination locale en France.
« J’aimerais continuer à jouer un rôle de passerelle entre le Japon et la France. »

Son prochain projet de long métrage est actuellement en préparation au Japon. Il abordera une question de société qui préoccupe aujourd’hui de nombreux Japonais.
Après plus de vingt ans de travail et de persévérance pour parvenir à réaliser son premier long métrage, Akihiro Hata n’est qu’au début de son parcours. Son aventure cinématographique ne fait que commencer.

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Chie Uematsu

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