Nuage au vent. Invitation -Interroger l’âme vagabonde de Basho-

Shiori Kishi

Le 30 novembre 2022

La rivière Sumida

Fukagawa est un quartier qui invite au voyage.

À quelques rues de l’autre côté de la rivière Sumida, non loin de Nihonbashi, nous nous retrouvons dans un vieux quartier populaire. De petits bateaux traversent les écluses et naviguent sur le canal au bord duquel des passants se reposent. L’atmosphère rappelle celle du canal Saint Martin à Paris.
Des mouettes volent dans le ciel et un avion file bas. Des cars d’aéroports circulent sur l’autoroute urbaine qui longe le canal. Fukagawa est un lieu où l’on se sent un peu loin de chez soi. 

Statue de Basho

C’est là qu’a séjourné Matsuo Basho, le « poète voyageur », il y a plus de trois cents ans. À partir de ses trente ans, il y a écrit de nombreux haiku. Il nous a transmis nombre de récits de voyage parmi lesquels « La Sente étroite du Bout-du-Monde ». Il a totalisé neuf voyages, dont cinq commencés dans ce quartier. Pour lui, ses résidences à Fukagawa rimaient avec la saison des voyages.
Qu’est-ce qui a poussé le poète à voyager ? Il n’a pas beaucoup raconté l’influence qu’a exercée Fukagawa dans ses pérégrinations mais son attachement aux voyages se fait ressentir dans son haiku « Nuages au vent. Invitation » qui date précisément de la période où il vivait au bord de la rivière Sumida.  

Le point de départ

Il semblerait que depuis sa cabane en toit de chaume, Basho pouvait apercevoir les navires qui s’en allaient aux pays lointains. Il comparait cette vue au paysage qu’a décrit Du Fu (poète chinois de l’époque de la dynastie des Tang, ndlr) qu’il estimait tant. Depuis sa modeste maison, peut-être s’imaginait-il voguer vers la Chine… Les bateaux sont encore présents aujourd’hui, mais on ne peut plus apercevoir le Mont Fuji. La tour Skytree, trônant dans le ciel du nord, nous en empêche.

Le haiku de la grenouille inscrite en l'honneur du poète

Si Basho a beaucoup écrit sur le thé, Fukagawa est maintenant réputé pour le café. Ce jour où je me promène, le quartier est très animé, peut-être est-ce l’arôme du café qui attire le chaland.
Nonobstant, l’identité profonde du quartier n’a pas changé depuis le temps où Basho y vivait. Les temples et les sanctuaires sont anciens, les maisons traditionnelles demeurent. L’ambiance émanant des ruelles renvoie à un passé lointain et elle est incarnée par l’humeur espiègle de ses habitants hospitaliers.
Ils sont nombreux à venir m’aborder, ma poussette ne dérange personne. Un inconnu m’offre un kaki acheté chez le primeur, un employé du pressing partage son thé avec mon enfant un jour de chaleur, un technicien de surface des toilettes publiques applique à mon bébé un baume sur sa piqûre de moustique. Le gardien d’immeuble nous accompagne tous les jours jusqu’à la porte d’entrée.

Fukagawa invite au voyage tout en créant un sentiment de nostalgie. L’envie de partir se mêle à son contraire, celle de revenir. Basho lui-même a quitté Fukagawa, et immanquablement, il rentrait ici. Sauf une fois, quand il est parti à Osaka et qu’il y a perdu la vie. Il aura vécu à Fukagawa dans deux maisons différentes. Sa première a brûlé lors du grand incendie d’Edo mais le poète a fait reconstruire un nouvel ermitage au même endroit.
Je crois que Basho a voyagé parce qu’il savait où rentrer. Telle une mère, figure de sécurité pour son enfant, Fukagawa est un lieu d’ancrage.
Selon Hemingway, Paris est une fête. Fukagawa serait plutôt une boîte de bento sans prétention. Son contenu change certes tous les jours, mais elle offre invariablement la nostalgie d’un instant.
Si vous souhaitez découvrir Tokyo sans fioriture, n’hésitez pas à faire un détour par Fukagawa. 

Texte original

片雲の風に誘われて ―芭蕉の旅心をたずねる

深川は旅心を誘う街だ。

日本橋の賑わいからひとつ川を渡った先に、下町情緒を色濃く残す界隈がある。運河の水門を小舟が行き交い、水辺の遊歩道には人々が憩う。パリの街に例えるならば、サン・マルタン運河あたりの雰囲気に近いだろうか。
 
空にはかもめが戯れ、飛行機が低く飛んでいく。川沿いに伸びる首都高には空港行きのリムジンバスが発着する。どこか遠くを予感させる街、それが深川だ。

今から三百年以上前、この地から日本一有名な旅に出た詩人がいる。俳人・松尾芭蕉。 三十代から深川を拠点とし、この地で数々の名句を詠んだ。さらにここから「おくのほ そ道」などの旅に立ち、多くの紀行文を残した。「旅の詩人」の異名をもつ彼は生涯で 九度の旅に出たが、うち五回は深川時代の出来事だ。芭蕉にとって深川に暮らした時期 は旅の季節でもあった。

なにが芭蕉を旅に駆り立てたのだろうか。深川の地が旅に与えた影響について、芭蕉自身は多くを語っていない。しかし彼が庵を結んだ隅田川のほとりには、自身が「片雲の 風」と表した旅情のかけらが今でも残っている。

芭蕉の草庵からは、万里へ旅立つ船を日がな臨むことができたという。遠景には富士山の頂も見えたそうだ。芭蕉はその景色を、敬愛する唐の詩人・杜甫の書斎からの眺めにしばしば重ねる。自宅の門前からの風景を通して、はるか唐にまで思いを馳せたのかもしれない。ちなみに水上を行く船は今も健在だが、富士はさすがにもう拝めない。現在はスカイツリーが北の空にそびえている。

深川での詩作と旅を通して、芭蕉の俳句は円熟味を増していった。彼の作風の確立として名高い「古池や蛙飛び込む水の音」もここ深川で詠まれた。

偉大なる文筆家にインスピレーションを与えた深川は、今でも多くの芸術家を惹きつけてやまない。東京都現代美術館をはじめ、街には大小のギャラリーが点在する。芭蕉は茶に関する句を多く詠んだが、近年深川はコーヒーの街としても知られる。新しい香りに誘われてか、今日も多くの人がこの街を訪れる。

一方、芭蕉の時代から恐らく変わらないものもここにはある。

いにしえの寺社仏閣に、年季の入った家屋。その合間に息づくのは、この街で脈々と育まれてきた人々の情だ。深川には渡り者も受け入れてくれる懐の深さがある。ベビーカーを引いて街を歩けば、誰彼ともなく声がかかる。先日は八百屋で見知らぬ人が突然柿を買い与えてくれた。

近所のクリーニング屋のおじさんは、暑い日には子どもに飲みかけのお茶をくれる。公衆トイレの掃除のおじさんは、子の虫刺され痕に優しくムヒを塗ってくれる。マンショ ンの管理人のおじさんは、毎朝おしりペンペンで子を見送ってくれる。

深川は旅心を誘うと同時に、郷愁をかきたてる街でもある。旅立ちたくなると同時に、帰りたくなる街でもあるのだ。芭蕉自身、深川で二度住居を住み替えている。最初の住居は江戸の大火によって焼失したが、その跡地にしぶとく新たな庵を築いた。この地から五度の旅に出たが、帰りつく先はいつも深川だった。最後の旅の途中、惜しまれつつ も大坂の地で客死したことを除いて。
 
深川だったからこそ、芭蕉は旅立てたのではないかと思う。幼子が母親を安全基地とするように、芭蕉にとっての深川もまた安全基地だったのかもしれない。

ヘミングウェイはパリを「移動祝祭日(a moveable feast)」と表した。この語は「つ いてまわる饗宴」とも直訳できる。一方、ここ深川は気ままな旅にさっと持ち出す弁当箱のような街だ。日々のおかずは変わっても、蓋をひらくその瞬間の懐かしさは常に変わらない。

普段着の東京に触れたくなったら、ふらりと訪ねてほしい。  

  •                                                 (文/岸 志帆莉)
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Shiori Kishi

Chercheuse à l'université / Rédactrice