Le kintsugi, ce paysage qui naît d’une cassure

Shiori Kishi

Le 10 janvier 2023

La convivialité règne lors de nos repas.
Le bruit de la vaisselle, les conversations, mais également les couleurs et les formes animent la table des Japonais. Des tasses en terre cuite émaillée, des bols en laque, des assiettes en porcelaine, des baguettes en bois, et des verres…en verre ; les matières et les couleurs sont aussi variées que le nombre de contenants et d’ustensiles. Dans mon pays, chaque membre de la famille possède sa propre tasse, son propre bol ; celle de grand-père ou celui de maman. 
Il est autorisé de porter la vaisselle à la main, d’y coller la bouche. C’est pourquoi sa taille est importante et spécifique à chacun. On en possède une de chaque sorte et on l’utilise pendant plusieurs années. 
Ainsi, les Japonais prennent soin de leur vaisselle. Même si cette dernière se casse, elle n’est pas jetée et continue à servir. Pour cela, des techniques permettant de la réparer ont été développées.


L’une d’elle est la méthode du kintsugi.
Le kintsugi est une technique de restauration consistant à recoller les brisures avec de la laque que l’on recouvre de poudre dorée. L’important n’est pas de camoufler la casse mais, bien au contraire, de lui apporter une esthétique inédite en honorant son histoire. Cette pratique est apparue au sein de la culture du thé où la beauté peut être imparfaite, où le manque peut être comblé. L’imperfection doit être acceptée avec révérence. Les maîtres de thé ont toujours considéré un bol cassé comme le cours naturel de son histoire. L’essentiel est de lui procurer une renaissance harmonieuse.  
L’adhésif qui sert au kintsugi est la laque, une résine d’arbustes de la famille des Anacardiacées. À l’état naturel, elle est couleur café au lait et devient aussi foncée que du chocolat noir à force d’être remuée. Un parfum boisé caractérise son odeur énigmatique que j’ai déjà sentie par le passé. Je fouille dans ma mémoire et me rappelle un nouveau-né. Un mélange d’odeur de vernix et de lait maternel. La résine soigne l’arbre abîmé, tout comme le sang qui irrigue le corps humain d’anticorps. Le lait maternel étant sécrété par le sang de la mère, ce n’est peut-être pas un hasard si l’odeur de la laque se rapproche de celle du nouveau-né. 

Je mélange de l’ocre rouge à la laque couleur chocolat noir et j’obtiens une substance d’une nuance sanguine proche de la framboise. J’y trempe un pinceau fin et trace soigneusement des traits sur les lignes de bris. C’est un moment de recueillement où l’on fait face à la cassure. En prenant en main cette vaisselle brisée, je me rappelle la première fois où j’ai pris mon bébé dans les bras, si fragile et sans défense. Me réapparaît également cette sensation de vide dans mon corps abîmé par l’épreuve de l’accouchement. 

Après la laque, j’appose la poudre dorée, obtenue à partir d’un mélange de feuille d’or et de soie. Sous la caresse répétée du pinceau, la dorure gagne en éclat. Elle reçoit la lumière de la pièce et brille tendrement. 
La vaisselle ainsi réparée repose durant une semaine, le temps que la laque sèche. Une blessure prend du temps pour se soigner et marque à jamais son porteur. Ma vaisselle a vécu et je la trouve très belle ainsi.  
La brisure est la marque d’une cassure qui fait apparaître un nouveau contour. Chaque blessure apporte une nouvelle expression et notre horizon s’élargit à mesure de nos expériences.
Connaître sa douleur nous apprend celle des autres. Cette personne qui m’est chère et qui rit pourtant devant moi est brisée quelque part au fond d’elle. Repérer la douleur de nos proches, et ne pas l’oublier.
Quelle nouvelle vie incarnera cette vaisselle réparée ?   

Texte original

金継ぎ ―傷あとから生まれる景色


日本の食卓はにぎやかだ。

会話や食器が触れあう音にもまして、にぎやかなのはその見た目だ。

陶器の茶碗、漆の汁椀、ガラスのコップ、磁器の皿、木製の箸――。素材や色の異なる食器がずらりと並ぶ。大きさもさまざまだ。日本の食卓では、家族一人ひとりが専用の器をもつ。「これはおじいちゃんの湯呑み」「これはお母さんの茶碗」というふうに、それぞれ所有者が決まっている。


器は直接手に持ったり口をつけたりして使う。だから一人ひとりの体の大きさに合ったものが望ましい。それぞれが自分専用の器をもち、何年もそれを使い続ける。


そんなふうに日本の人々は器を大切に扱ってきた。器が割れてしまっても、捨てずになんとか使い続ける術を編み出してきた。そのひとつに金継ぎがある。


金継ぎとは、割れた器を漆で継ぐ日本古来の修復技法だ。割れたり欠けたりした部分を漆でつなぎ、その痕に金粉を施す。傷をなかったことにするのではなく、壊れたことも大切な歴史と捉え、美しさを見出す。


金継ぎは茶の湯の文化のなかで育まれてきた。

茶の湯には、不足の美や不完全の美という考え方がある。完全な物事などないということを、畏敬の念をもって受け入れるという考えだ。当時の茶人たちは、器が壊れることを自然なこととして受け入れ、継ぐことによって新たな調和を生み出した。


金継ぎの接着剤となる漆は、ウルシ科の木から採取した樹液だ。カフェオレのような色をしていて、へらで少し混ぜるとミルクチョコレートのような色になる。さらに練り上げていくうちに、ダークチョコレートのような深い色へと変化していく。


あたりには甘ったるいウッディな香りが漂う。体温が乗ったような不思議な香り。聞けばこれが漆の香りだという。どこかで嗅いだことのある香りだと思った。記憶のなかを探しまわり、思い当たったのが新生児の匂いだった。生まれたばかりの赤ん坊の、胎脂と母乳が混ざったような何とも表現しがたい匂い。木の命脈である樹液は、人間の体でいうと血液のようなものだ。一方の母乳も、母親の血液からできている。漆の香りと赤子の匂いが似ているのは、あながち偶然ではないのかもしれない。


ダークチョコレート色の漆液に、ベンガラという赤い顔料を混ぜる。漆が濃いラズベリーのような、血痕のような色に変わっていく。細い筆にとり、器のひび割れをなぞる。一筆ずつ漆を運び、慎重に傷口を覆っていく。静かに傷と向き合う時間。器を手にしながら、我が子をはじめて抱いたときのことを思い出した。あの繊細で壊れそうな新生児の感触。そして出産後の我が身を、傷だらけでがらんどうの器のように感じたことを思い返した。


傷口を完全に覆ったら、いよいよ金粉をのせていく。

やわらかい真綿に金粉を含ませる。ふわりと傷口にのせ、傷痕をやさしく磨く。金粉の粉っぽい質感が徐々につやを帯びていく。室内の明かりを受け、やわらかく光る。


完成した器は一週間かけてゆっくり乾燥させる。傷が治癒するには時間がかかる。治癒したところで元通りになるわけではない。それでもいい、と思う。


壊れることには傷がともなう。しかしそこから新たな景色が見えてくる。傷つくたび、自分自身を彩る表情が増えていく。見える世界も広がっていく。


自分の痛みを知ることは、他者の痛みを知ることだ。目の前で笑っている大切な人が、奥で抱えているかもしれない苦しみに気づくこと。これから大切になるかもしれない人の痛みを敏感に察し、ひととき思いを馳せること。


新たに命をつないだ器に、なにを入れようか。



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Shiori Kishi

Chercheuse à l'université / Rédactrice