En novembre, célébrons la vie!

Marie Ebersolt

Le 19 novembre 2022

Parmi les nombreux rites qui bercent la vie des enfants japonais, le Shichi-go-san est fêté le 15 novembre. Il concerne les garçons de trois et cinq ans et les filles de trois et sept ans.

Signifiant littéralement les chiffres 7-5-3, ce rite de passage célèbre la vie des enfants avec l’espoir de longévité. Auprès des temples shinto et bouddhiste, les enfants se présentent, rendent grâce et font le vœu de grandir en bonne santé.


Cette cérémonie remonterait à l’ère Heian (795-1185). La mortalité infantile était alors encore importante, à telle point que les enfants étaient considérés comme appartenant à Dieu, qui pouvait les rappeler à lui à tout moment.

L’origine de la date du 15 novembre est moins certaine. Selon le calendrier traditionnel et la numérologie chinoise, cette date correspondrait à un jour de bon augure. Le mois de novembre correspond à la fin de la récolte, symbolisant ainsi la croissance des plantes et celle des enfants. Pour ces raisons, en 1685, le cinquième Shogun de la dynastie des Tokugawa aurait arrêté cette date afin d’organiser une cérémonie pour son héritier. 


Les âges célébrés correspondent aux rites de passage des enfants. À partir de l’âge de trois ans, on cessait de raser les cheveux des enfants, à cinq, les garçons commençaient à porter le hakama, un pantalon large et plissé, et à sept ans, les filles remplaçaient un simple cordage qui fermait leur kimono par un obi, une ceinture plus large portée par les femmes. Ces âges coïncident également avec le développement de l’enfant. La parole est acquise à trois ans, l’âge de raison commence à cinq ans et à sept ans, les premières dents de lait tombent. 


La date du 15 novembre demeure symbolique et la cérémonie peut se dérouler un autre jour proche, pendant un week-end ou un jour férié. La journée des enfants (et des parents) est alors très remplie. Même s’il n’est pas de rigueur, le kimono est largement plébiscité pour célébrer ce jour et le vêtir demande du temps et un savoir-faire qui se perd. Il faut alors s’être procuré un kimono, avoir fait appel à une habilleuse, coiffer les enfants. Après cette préparation, et non des moindres, certaines familles se rendent à un sanctuaire shinto pour y recevoir la bénédiction des dieux, tandis que d’autres se retrouvent dans un temple bouddhiste pour faire part aux ancêtres de la santé des enfants. S’ensuivent séance photo et repas de célébration.   

Depuis qu’un confiseur du quartier populaire Asakusa de Tokyo a vendu le Tchitose-ame (littéralement bonbon de mille ans) pour bénéficier de l’afflux des pèlerins, chaque enfant en reçoit. Ce sont deux bâtonnets de sucre d’orge rouge et blanc, symbolisant respectivement joie et commencement. Là aussi, on aperçoit l’espoir de bonheur et de longévité.


Le kimono, porté aujourd’hui lors d’événements solennels, contraste du quotidien et incarne la festivité. En novembre, saison morose, les Japonais se rappellent pourtant que la vie est précieuse. Célébrer les enfants, c’est aussi célébrer l’avenir. Voir des petits d’homme dans leur tenue colorée procure espoir et un retour à l’innocence.  


Marie Ebersolt