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La théière en fonte Nanbutekki pourrait vous survivre!

Marie Ebersolt

Le 5 juillet 2023

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Les théières Nanbutekki en fonte ont le vent en poupe. Ultra résistantes, elles peuvent se transmettre de génération en génération puisque moyennant une utilisation soignée et un entretien simple mais régulier, elles peuvent avoir une durée de vie de cent ans. Si elles sont trop abîmées, elles peuvent être fondues et recyclées. Leur durabilité s’ajoute ainsi à son efficacité. Elles conservent bien la chaleur et apportent une rondeur à la texture de l’eau. Leur apparence est soignée et apporte un cachet authentique au service du thé. Étudions de plus près son histoire et son mode de fabrication pour mieux comprendre les qualités des théières Nanbutekki. 

Dans la seconde moitié de l’ère Heian, le fondateur de la dynastie Hiraizumi qui règne sur le nord du Japon fait venir des fondeurs depuis Shiga. Ces derniers suivront leur principal client au gré de ses déplacements politiques. Ils lui fabriquaient des armes, mais également des accessoires, tels que des bols de méditation, pour les temples. Au décès de leur bienfaiteur, les manufactures se consacrent à la réalisation des objets du quotidien, tels que bouilloires, théières et crémaillères, et s’établissent définitivement dans la région d’Iwate, où la limaille de fer est abondante et le charbon de bois, ainsi que l’argile et le sable, d’une grande qualité. La fonderie se développe et ses artisans deviennent peu à peu une existence incontournable à la vie locale.
Durant la seconde guerre mondiale, les ressources naturelles sont consacrées à l’effort de guerre et les fondeurs ne sont autorisés qu’à produire des équipements militaires, ce qui fait baisser drastiquement le nombre d’activité. Après la guerre, l’aluminium gagne du terrain et l’usage du fer recule. Néanmoins, la valeur ajoutée du fer pour son mode de cuisson lente et douce et pour sa performance thermique attire à nouveau les consommateurs et la demande croissante des maîtres du thé apporte une nouvelle aura au Nanbutekki. 

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Un dessous-de-plat

Les théières en fonte qui nous intéressent ici ont à l’origine deux écoles distinctes, bien que les méthodes de fabrication soient très similaires. Signifiant littéralement « contenant de fer de la partie Sud », Nanbutekki est aujourd’hui l’équivalent d’une appellation. Elle est le nom d’une association ayant réuni les deux courants, qui se situaient au sud de la seigneurie dont ils étaient issus, en 1959. L’activité est aujourd’hui assurée par 74 ateliers regroupant 730 artisans qui réalisent un chiffre d’affaires annuel de 400 millions d’euros. En 1975, les produits Nanbutekki rejoignent la liste des produits d’artisanat traditionnel.
Aujourd’hui, les ateliers renouvellent leur offre. Parmi les objets fabriqués figurent des bouilloires, des casseroles, des dessous-de-plat, des bougeoires, des fuurin (des clochettes), des poêles, des appareils à croque-monsieur ! La fonte étant un alliage constitué principalement de fer, les objets qui en sont issus peuvent être très sensibles à la corrosion, d’autant plus s’ils sont au contact de l’eau et de l’air de manière répétée. Or la passivation des fers obtenue par une cuisson à 900 degrés forme une membrane résistant à l’apparition de la rouille et constitue un traitement de surface participant largement au succès des Nanbutekki. 

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Le fuurin est une petite clochette qui donne un joli son

Etapes de fabrication
 Dans la fabrication des Nanbutekki, la confection des moules est la plus cruciale. Elle ouvrage la forme de la théière et le relief qui orne sa surface. C’est aussi le moment qui prend le plus de temps car elle demande un travail à la main très minutieux et une cuisson.
Premièrement, l’artisan dessine en taille réelle la silhouette et les dessins qui apparaîtront en bossage. Il découpe alors une mince planche en fer qui a la forme d’une moitié symétrique de la future pièce. Autrefois, cet outil était en bois, si bien que kigata, son nom, signifie littéralement forme en bois. Celle-ci sera axée au centre d’un caisson en brique qui sera rempli au fur et à mesure de sable mélangé à de l’argile. En tournant cet outil autour du pivot, la théière prendra peu à peu sa forme. Ce premier moule est réalisé avec trois types de grains spécifiques. La mouture est grossière pour la surface extérieure afin de donner aisément la forme puis plus fine pour la consolider, enfin, la dernière est si lisse qu’elle a une texture semblable à de la soie (ce qui a donné son nom, kinumane, argile de soie). Avant que cette dernière couche d’argile ne sèche, des tampons et des pinceaux sont maniés pour décorer la surface de la théière. Une fois parfaitement sèche, le moule passe au four à 1200 degrés.
Ensuite, un moule épousant la surface intérieure de la théière est posé dans le moule extérieur cité plus haut. Constitué lui aussi de sable et d’argile, il n’est pas cuit mais seulement séché et sensiblement plus petit que le premier moule. Il est enduit d’une cendre qui permettra son extraction une fois que la pièce sera cuite. Le fer fondu et égalant une température de 15000 degrés est coulé entre cet interstice. La théière, démise de ses deux moules, est cuite ensuite à 800 degrés. C’est à ce moment que le traitement thermique apporte la protection contre la rouille.
Enfin, les finitions sont apportées. Le ponçage parfait les détails du décor puis l’ouvrage est chauffé à 300 degrés pour y déposer une couche de laque au pinceau. La coloration est réalisée par un liquide d’acétate de fer mélangé à une infusion de thé, dont le taux nuancera la couleur entre le noir et le marron.      

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Ces théières en fonte sont si populaires que des imitations ont envahi le marché. Si les couleurs sont trop vives, n’hésitez pas à regarder leur provenance. Elles doivent être estampillés Nanbutekki de Iwate. Gare aux contre-façons !   

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Cette théière, certes en fonte, rose pastel avec de la poudre d'or, est une fausse

Marie Ebersolt

Rédactrice-traductrice