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L'art du kumiko, comme de la dentelle de bois

Marie Ebersolt

Le 10 mai 2023

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Dans le cloisonnement des espaces intérieurs, il existe au Japon des parois coulissantes qui délimitent les pièces distinctes. Elles peuvent être réalisées par des panneaux de papier, uni ou peint. Certains de ces shoji sont sertis de bois taillé finement, formant un dessin géométrique très sophistiqué. Cet artisanat de bois s’appelle kumiko.

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Création de l'atelier Tanihata

Remontant à l’ère Asuka qui s’étend du VIème siècle à 710, le kumiko serait apparu lors des grandes constructions de temples contemporaines à l’intégration du bouddhisme. Le prince Shotoku, dirigeant politique et régent de la cour impériale, a ordonné une vaste campagne de fondations d’édifices religieux. Il est à ce jour toujours considéré comme une personnalité importante ayant largement contribué au développement des artisanats nationaux. En effet, plusieurs corps de métiers sont intervenus lors de ces chantiers, parmi lesquels le kumiko pour l'agencement intérieur et l'ameublement des temples, et le corpus des traditions esthétiques et des savoir-faire s'est considérablement étoffé à cette occasion. Les artisanats japonais ont alors connu un véritable essor dans leurs développements techniques. Depuis, la transmission n'a jamais cessé et accompagne les sensibilités artistiques contemporaines de leurs artisans.

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Kumiko signifie littéralement « joindre le bois ». Il consiste à reproduire un dessin grâce à de petits et minces morceaux de bois qui ne tiennent entre eux que par la force qu'ils s'exercent les uns entre les autres. Regardons de plus près les étapes de fabrication.
Le bois est tout d’abord taillé très finement. Il est ensuite rainuré, mortaisé puis ajusté à l’aide de plusieurs outils de menuiserie, comme le rabot, le ciseau et la scie. Les éléments sont travaillés de telle sorte qu’ils constituent, une fois emboîtés, un treillis de formes géométriques. De plusieurs centaines, ils sont détaillés un par un, au dixième de millimètre près, en fonction de la taille et des angles nécessaires à la formation de l’esquisse initiale. L’assemblage est réalisé avec très peu de colle de riz mais sans aucun clou, bien que ceci serve temporairement à tenir les pièces dans l’étape du montage. La structure tient grâce à la pression qui s’exerce entre les taillons.

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Il existe plus de deux cents motifs traditionnels représentant la nature ou des symboles de bon présage. Ils sont dûment sélectionnés et positionnés afin d’optimiser la distribution de la lumière et la circulation de l’air, ou au contraire, apporter une lueur plus tamisée. L’ouvrage se laisse apprécier également par le parfum qu’exhale le bois utilisé, le cyprès. Imputrécible, cette essence remplit les caractéristiques d’être durable, dense et odorant. Sa résistance permet aux empiècements de supporter la pression et son parfum de mettre en scène une atmosphère générale.  

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De nos jours, les créations s’adaptent aux tendances esthétiques modernes. Ce sont non seulement les maisons de thé et les restaurants ou auberges traditionnels qui décorent leur intérieur avec des shoji en kumiko mais également des bars, des hôtels ou des particuliers férus de design. Les artisans élargissent leur offre en proposant des tableaux à placer contre les murs ou les plafonds, ou encore des articles plus accessibles, comme des boîtes à crayons, des lampes, des sous-verre, des plateaux ou autres accessoires du quotidien. 

Le kumiko s'emprunte aujourd'hui de modernité, aussi bien dans son usage que dans son esthétique.

Marie Ebersolt

Rédactrice-traductrice