Le yabusamé, l'art de la précision et de la vitesse

Marie Ebersolt

Le 19 novembre 2022

Le yabusamé est un art martial de tir à l’arc pratiqué à cheval. Il signifie littéralement pointe coulante et cheval. L’archer parcourt à cheval une distance de deux cents mètres et, en une vingtaine de secondes, il tire des flèches sifflantes sur trois cibles successives. Il est à la croisée de deux disciplines à part entière, le kyudo (la voie de l’arc) et l’équitation. 


La première démonstration d’une telle prouesse remonterait au milieu du VIème siècle. Lorsque l’empereur Kinmei nomme le meilleur archer à cheval, il lui ordonne de tirer sur trois cibles. À travers cette prestation, l’empereur honore ses ancêtres et espère la paix sociale ainsi que la fertilité des terres. Depuis cette époque jusqu’à la fin de l’ère Heian en 1185, cette discipline était pratiquée au sein de la noblesse pour des motifs cérémoniels. Elle revêtait alors largement une fonction rituelle, lors de commémoration, de dates importantes ou de divertissements d’invités importants. 

Lorsque le shogunat prend le pouvoir à l’ère Kamakura qui suit, le yabusamé est inculqué aux soldats pour des fins d’entraînement. Requérant une agilité parfaitement maîtrisée à la fois en tir à l’arc et en équitation, il prépare les guerriers pour les combats dans une période où les conflits militaires étaient quasi permanents.

Par la suite, depuis l’époque d’Edo jusqu’à aujourd’hui, cette discipline est pratiquée dans un but de développement personnel. L’influence du zen y est pour beaucoup car le maniement de l’arc sur un cheval galopant demande concentration spirituelle et constance du souffle. Le buste doit rester immobile, les genoux dirigent le cheval, un bras tient l’arc quand l’autre va chercher la flèche puis la cible. La piste est longue de deux cents mètres et les cibles sont situées à cinq mètres de l’archer à deux mètres de hauteur. 


Il existe deux grandes écoles nées de la scission d’une seule et même famille en l’an 900. Elles représentent encore aujourd’hui les deux principales représentantes de la discipline, faisant perdurer la pratique lors de festivités ou cérémonies et en formant les archers. L’entraînement est long et demande une ascèse à toute épreuve. Le yabusamé n’étant pas professionnalisé, les pratiquants exercent un autre métier et seuls les meilleurs assurent le transfert de la technique. Les démonstrations sont assurées par des bénévoles. 


Dans de nombreux temples de toutes les régions du Japon, les visiteurs peuvent admirer la précision et la vitesse du tandem formé par un homme, ou une femme, et son cheval. Tôt le matin, les matériels sont bénis par le prêtre shinto. L’archer reçoit arc et flèches puis se rend à cheval vers la piste. Avant de s’élancer, il vise le Ciel puis la Terre. Ainsi, le yabusamé revêt une pratique hautement symbolique dont l’intérêt tient largement à la ritualité de la société japonaise.   


Marie Ebersolt